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Le Shintoïsme


Autrefois, on disait que les Japonais naissaient shintô, vivaient en confucéens et mouraient en bouddhistes. Mais la vérité est autrement plus complexe...

Le shintô, religion d'état

Le Shintoïsme est la religion indigène des Japonais, par opposition au bouddhisme venu de Corée et de Chine. C'est en fait un culte des kamis (plus de 800 millions de dieux et divinités dans le panthéon !), de source chamanique. Croyance de nature animiste, les kamis personnifient les phénomènes naturels (rivières, arbres, montagnes, rochers). Si tout mort devient potentiellement un kami, ces divinités habitent temporairement des objets en séjournant dans une enveloppe matérielle (shintai).

Le shintô s'est d'abord manifesté par des rites de purification par l'eau (misogi) après le contact avec la mort. Le sang est considéré comme impur dans la religion shintô et les personnes ayant un contact avec le sang doivent obligatoirement se purifier avec de l'eau sous peine de malédictions.

Il est vraisemblable également que les chamans, ou sorciers, furent avant tout des femmes. La mythologie du shintô fut retranscrite dans le Kojiki et ensuite dans le Nihon Shoki au VIII° siècle. Dans le Jingiryô, on retrouve le principe fondamental de la création de l'univers, qui n'a rien de spécifiquement japonais mais semble hérité de la Chine.

La cosmogonie shintô

"De l'œuf premier naît le ciel et la terre et d'autres divinités. Le premier couple divin, Izanami et Izanagi (frère et sœur), lance un  éclair à partir de l'arc-en-ciel qui crée une île. Sur cette île, le couple divin incestueux dresse un pilier phallique qui permet la réunion du ciel et de la terre."

Cette mythologie de la création du monde a une résonance shivaïque. Elle permet de distinguer le ciel et la terre et, de là, toutes les dualités qui conditionnent le monde : mâle et femelle, jour et nuit, positif et négatif, actif et passif, vivant et mort. Izanami et Izanagi créent le Japon, les kamis de la mer, des arbres et des montagnes. La création du kami du feu brûle le sexe d'Izanami qui en meurt. On retrouve cette légende également en Indonésie.

Izanagi ensevelit sa sœur et tue le kami au moyen d'un sabre. Il se rend ensuite au yomotsu-kuni (royaume des ténèbres) pour demander à sa sœur de revenir. Après l'avoir vue grâce à la dent de son peigne qui illumine le royaume des ténèbres, il s'enfuit, poursuivi par sa sœur. Il ne lui échappe qu'en jetant entre elle et lui le peigne et une pêche. C'est en abandonnant ces éléments à la mort qu'Izanagi prend forme humaine. Le mythe lui donne, dans la rencontre avec la mort, le principe même de la sexuation, c'est à dire le pouvoir d'être mortel. Pour se purifier d'avoir rencontré la mort, en se lavant dans l'eau de la rivière, il fait naître d'autres divinités : de son œil gauche, Amaterasu divinité du Soleil, puis Tsukuyomi, divinité de la Lune, de son œil droit. Le mythe de la purification par l'eau est présent dans la plupart des sociétés agricoles.

L'expansion du Shintô

On peut imaginer que, dans le Japon primitif, il y eut successivement ou en même temps la réunion de différents types de croyances : un culte des esprits de l'eau , un culte solaire et un culte phallique. Les hommes de la période Yayoi mirent en place une culture dite humide. A la séparation du ciel et de la terre, ils substituèrent celle de l'eau et de la terre, le rôle de l'homme étant de séparer le mélange de la terre et de l'eau, c'est-à-dire la boue. On enfonce ainsi des pieux dans la terre. On peut imaginer que la terre, d'où s'élèvent les pieux, est un principe mâle, tandis que l'eau est un principe femelle. Ce serait donc la terre qui féconderait l'eau. On retrouve ici un certain nombre d'éléments indonésiens qui expliqueraient la nature et la provenance des immigrations qui eurent lieu pendant les longues périodes de peuplement du Japon.

Le mythe solaire est peut-être d'origine sibérienne, mais il est à la fois temporel et religieux car il provoque ou protège les chamans dans leur transes. C'est grâce au soleil et à son pouvoir religieux que l'on peut être habité la nuit par les esprits.De ce principe est issu le mythe de la divinité de l'empereur, qui devient le grand chaman légitime du Japon.

Les chamans se déguisaient en femmes et entraient en transe pendant les matsuri (fêtes rituelles shintô) devant un arbre sacré. Les transes des chamans ont donné lieu, sans doute assez tôt, à des formes de théâtre rituel telles que les kagura, à l'origine des grands manifestations théâtrales japonaises. La bataille d'Izumo et de Yamato se solde par un partage de la loi temporelle (Yamato et Ise) et des privilèges religieux (Izumo).

Au sortir de la période Yayoi, mythes et légendes vont se télescoper et s'enrichir. Les Coréens, ou plutôt les peuples altaïques venant de la péninsule coréenne, arrivent avec leurs archers armés de sabres en fer. Ils auraient transité par le Kyushu et auraient conquis le Yamato en mêlant les cultes chamanistes des populations aborigène aux leurs. C'est ce qui a sans doute donné forme au Shintô, d'autant plus que ces archers purent imposer un type de société déjà fortement structuré.

La naissance du Shintô correspond à celle du premier Japon historique. Même s'il s'est rapidement mélangé avec le bouddhisme, les japonais considèrent ce dernier comme une religion venue d'ailleurs. Ils essayèrent à plusieurs reprises de séparer le Shintô du bouddhisme, mais ils échouèrent jusqu'à la période Meiji. C'est en effet à la fin du XIX° siècle que le Shintô devient religion d'état. On peut le diviser en quatre types principaux :

Les prêtres Shintô sont laïcs et suivent un enseignement spécial.

Les sanctuaires shintô

L'architecture des sanctuaires Shintô diffère fondamentalement de celles des temples bouddhiques. Devant un sanctuaire se dresse toujours un portique (torii) : il indique la nature sacrée d'un lieu, tout comme les shimenawa (cordes de chanvre), les gohei (guirlande de papier plié en zigzag), les monticules de sel ou les sillons de graviers ratissés avec soin. Les piliers sont profondément enfoncés dans le sol (mythe phallique des origines).

Le bâtiment principal (honden) est uniquement destiné à abriter les kamis. C'est un sanctuaire où les fidèles n'entrent pas. En face du honden se trouve souvent le hai-den, grand oratoire destiné aux cérémonies et réservé aux prêtres. La construction des sanctuaires se fait généralement dans des sites exceptionnels qui mettent en valeur la beauté naturelle de l'environnement.

Comment se comporter dans un sanctuaire Shintô ?

Le bassin d'ablutions sert à se purifier avant de se présenter devant le kami. Une louche (hishaku) est mise à disposition pour se laver la bouche et les mains. On jette une pièces de monnaie dans une boites à offrandes. Puis on sonne une cloche ou on frappe plusieurs fois dans ses mains devant le sanctuaire afin d'attirer l'attention du kami. Enfin, le fidèle s'incline profondément en récitant une invocation.

On peut aussi acheter des amulettes afin d'exorciser toutes sortes de craintes et superstitions (réussir ses examens, être bien portant…).


Article écrit par Oda
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