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LES CHATEAUX JAPONAIS


Alliant l'ésthétique et la défense, le château japonais s'impose au regard comme un élément visuel caractéristique de l'identité et de la culture japonaise.

Contrairement à une idée reçue, les châteaux japonais ont été presque tous construits en un laps de temps très court, d'environ un siècle, soit entre le milieu du XVIème et le milieu du XVIIème siècle.

Révélateurs de la montée en puissance de grands personnages unificateurs, tels Oda Nobunaga, ils sont aussi liés à l'entrée en scène des armes à feu au Japon.

Cependant, si ces châteaux sont relativement tardifs au regard de l'Histoire, le concept de fortification est bien plus ancien au Japon et existait avant l'avènement de la classe des samouraïs.

Nous allons dans un premier temps dresser un historique rapide des châteaux japonais, puis nous nous intéresserons à l'architecture de ceux-ci.


HISTORIQUE DES CHATEAUX JAPONAIS

Il est nécessaire d'opérer au préalable une distinction entre les châteaux (shiro) et les fortifications au sens large, plus ou moins temporaires et bien plus anciennes au Japon.

Les premières fortifications japonaises connues apparaissent dés le VIIème siècle. Ce sont en fait de simples murs de pierre érigées sur une élévation de terrain et entourés de fossés. On les nomme chashi ou kogoishi et l'on pense qu'elles sont l'oeuvre des populations autochtones Aïnous.

Au VIIIème siècle, c'est le gouvernement impérial de Kyôto qui entreprend la construction de petites lignes d'ouvrages fortifiés (saku) pour empêcher les populations autochtones qualifiées de  barbares  de s'infiltrer dans les zones pacifiées.

Avec l'avènement de la classe guerrière féodale à l'ère Kamakura, les édifices fortifiés restent rares, car les batailles opposent surtout des archers à cheval et le concept de guerre défensive, jugé peu honorable, est quasi-inconnu.

L'âge des châteaux débute véritablement avec l'ère Muromachi (1333-1550) et les guerres qui l'accompagnent. Une première phase de développement des châteaux a lieu; il s'agit alors de châteaux montagnards (yamajirô). Bénéficiant de positions retranchées sur les hauteurs, ce sont des points imprenables, souvent des temples ou des manoirs devenus fortifiés lors de phases d'insécurité.

Mais ces forteresses de montagne perdent leur intérêt au moment où le Japon s'unifie progressivement : elles sont loin des terres cultivables riches et des grandes voies de communication (fleuves, routes). En outre, l'approvisionnement en eau potable était un problème crucial.

C'est Oda Nobunaga qui le premier, va construire des châteaux dans les plaines (hirajirô). La taille et la protection des châteaux augmente avec cette seconde phase de développement : ayant moins de protections naturelles, les constructeurs compensent en créant des murs plus solides et plus larges. Plus grand et plus imposant, le château gagne aussi un rôle symbolique : il étale à la vue de tous la puissance du daimyo, le seigneur local. Souvent aussi, il remplit différentes fonctions : résidence du daimyo, place-forte militaire, point de passage des courants (économiques, spirituels) et lieu d'échange commercial. Ainsi, un millier de forteresses, de plus en plus grandes et fastueuses, sont construites sur une centaine d'années, entre 1550 et 1650.

Le château de Nagahama
château de Nagahama
Le château de Hakone
château d'Hakone

Avec l'unification du Japon, cependant, la majorité des châteaux seront rasés par le shogunat Tokugawa pour éviter les révoltes de daimyos. Enfin, plus tard, la restauration Meiji puis la Seconde Guerre Mondiale détruiront bon nombre de châteaux, à quelques rares (mais belles) exceptions. Certains ont été reconstruits et abritent des musées sur l'Histoire féodale.


ARCHITECTURE DES CHATEAUX JAPONAIS

Le principe d'agencement du château japonais, dans son ensemble, n'était pas si différent de celui qui prévalait pour les châteaux-forts occidentaux. Les différences notables résidaient surtout dans l'utilisation du bois pour l'intégralité des bâtiments, et dans la base en pierre incurvée pour offrir une souplesse de la fondation et une résistance sismique, adaptation indispensable au Japon. Les éléments décrits ici concernent surtout les châteaux de plaine, plus tardifs et plus évolués sur le plan défensif.

Les murailles

Les protections extérieures étaient formées par un certain nombre de murailles concentriques, l'ensemble sans doute le plus important de la défense du château. Le mur extérieur était entouré de douves, souvent remplies d'eau et franchissables par un pont.

Pont d'accès d'un château avec porte fortifiée
pont d'accès d'un château avec porte fortifiée

A l'origine, les murs des premières fortifications étaient en boue séchée, mais dés les ères Eiroku (1558-1569) et Genki (1570-1572), on commença à construire des murs de pierre, plus résistants, pour les remplacer. Certains étaient longs et contenaient des salles sur leur longueur. En 1559, un seigneur construisit un château sur le mont Tamon (au nord-ouest de Nara), entouré de salles longues à base de pierre. En conséquence, cette structure de salles longues fut appelée  style Tamon  et eut un succ&eagrave;s considérable dans tout le pays quand le shogun Tokugawa Ieyasu le popularisa en 1570.

Dans certains cas exceptionnels, des murs de planches en bois ont été édifiés, méthode rare car il fallait disposer de grands arbres adaptés à cet usage. En outre, à l'approche d'une bataille, il n'y avait pas le temps nécessaire à leur recherche et à leur débitage.

Le mur de pierres japonais (ishigaki) présente deux caractéristiques essentielles qui le distinguent du mur occidental : d'abord sa base incurvée typique, conçue pour résister aux tremblements de terre. Ensuite, l'absence de mortier entre les pierres est une autre composante étonnante : ajustées précisément, les pierres sont liées uniquement par le poids de l'ensemble qui garde une grande solidité.

Les portes

Pour améliorer la défense du château, les architectes ont imaginé, entre chaque muraille, un dédale complexe de portes fortifiées (mon), reliant des coursives en angle droit que les assiégeants devaient emprunter pour progresser. Ils étaient alors à la merci des défenseurs qui pouvaient leur lancer flèches, pierres et huile bouillante du haut des tours, des bâtiments ou par un système de trappes verticales (ishiotoshi). La porte extérieure comportait parfois une petite poterne servant de porte de service. Pour construire la porte, le texte ancien  La construction d'un château  recopié en 1565 par Kawamura M. à partir d'un ouvrage antérieur, précise que l'on plantait deux pieux distants l'un de l'autre de deux shakus (2.10m), au sommet duquel une traverse était posée. La grosseur des pieux n'était pas fixée, de même que leur profondeur dans le sol, mais leur hauteur devait être de 3.30m.

Les bâtiments

Le coeur du château était constitué par le donjon (tenshu), bâtiment central à étages superposés surplombant les autres édifices. Le nombre d'étages était variable, mais on pouvait parfois en compter sept.

Les pierres utilisées pour les fondations rendaient la construction très solide, mais le donjon, comme les autres bâtiments, restait en bois et donc, sujet aux incendies.

L'intérieur du donjon était particulièrement fastueux pour montrer la richesse du propriétaire. Murs, fusumas (parois coulissantes) et paravents étaient le support d'oeuvres des plus grands artistes de l'époque.

Progressivement, les murs des donjons ont été enduits de plâtre à l'extérieur, les rendant mieux protégés face à l'érosion, aux intempéries et toujours, aux incendies.

Le toit des châteaux a subi une évolution : tous les châteaux de l'époque moderne ont des toits de tuile, ce qui n'était pas le cas des ouvrages fortifiés antérieurs, dont les toits étaient généralement en planche ou en chaume. Ainsi, le célèbre château Edo, où Tokugawa Ieyasu pénétra pour la première fois en 1590, n'avait aucun de ses bâtiments recouverts de tuile. Quand le château était assiégé, on recouvrait les toits de terre séchée pour éviter les effets des flèches enflammées de l'ennemi. La pluie causait également des dommages en s'infiltrant dans les toits anciens.

Le château comportait également des tours de défense appelées yagura. Le mot japonais désigne à la fois un magasin de flèches et une tour de guet. En fait, à l'origine, son rôle était plutôt de servir d'entrepôt de flèches, puis, à la période moderne, son usage défensif a pris le dessus. Un yagura d'angle possédait des meurtrières pour tirer des flèches ou utiliser un mousquet. C'était donc bien une sorte de petit donjon où les archers pouvaient s'enfermer.

Enfin, plusieurs bâtiments annexes, en nombre variable selon l'importance du lieu, complétaient le château: une tour de guet, des cuisines, des bains, une salle avec tatamis pour la cérémonie du thé... Certains châteaux étaient bien plus qu'une forteresse guerrière : l'exemple d'Azuchi, prés du lac Biwa, est caractéristique : point stratégique surveillant toutes les routes entre Kyôto et l'est et le nord, le château, construit par Oda Nobunaga, profita du développement du commerce fluvial. De nombreuses constructions furent ajoutées au château par la suite, telles un temple, une église et une tour, abondamment décorés.


SOURCES


Article écrit par silent_oyabun
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